Chronique d'un train n°2

Aujourd'hui j'ai une demi heure d'avance et un gout amer sur la langue.

La nuit est déjà tombée, le quais de la gare est éclairé par une lumière blanche et cru.

"voie 2 éloignez vous du bords du quais, attention au passage d'un train, voie 2 éloignez vous du bord du quais"

j'entends le train arriver et gronder derrière moi.

"merci de ne pas laisser vos baguages sans surveillance et de nous signaler tous...."

"voie 3 attention à la fermeture des portes le départ est imminant"


... et des bruit de pas, et le raclement des valises...Quelle vacarme autour de moi et pourtant personne ne parle. Tous semble amplifié. La voix mechanique trop aimable des haut parleur me fait penser à une dictature de science fiction. Ma guitare me fait mal au dos...

A côté de moi une jeune femme -très belle- s'assoie. Prenant bien soin de laisser entre nous un fauteuil d'écart. Je l'observe du coin de l'oeil à mon habitude...cheveux bouclé d'ange, bien habillé bien maquillée, elle fume une cigarette.

L'odeur m'entour déjà, à la fois source d'envie et de dégout.

"nous vous rapellons qu'il est interdits de fumer dans l'enceinte de la gare..." Ah! ouai...

Le brouahaha silencieux continu et j'écris m'efforçant d'ignorer mes acouphènes. Je lève la tête, une nouvelle beautée apparait...Brune au grand yeux les lèvres roses...portant magnifiquement un foulard à fleur. Elle s'avance et s'adresse à ma voisine "excusez moi...vous n 'auriez pas du feu? " 

Mon estomac se retourne. Je vois de la cendre et de la destruction tout autour de moi. 

"non désolé..."

La fille au foulard s'apprête à s'éloigner, cheveux d'ange lui tend son poison avec un sourire "si vous voulez..." 

"ah oui! merci."

Elle l'allume bout à bout. Megot calciné contre beau cylindre blanc...contre ses lèvres qui s'embrasent avec un sourire...

Je bat des cils...

Un nouveau message de la voix mechanique de la sncf résonne dans la gare, et une armé de valise deferle sur le quai. Plus que trois minutes avant que mon train entre en gare...

J'ai préparé dans mon petit carnet un questionnaire que je pourrais peut être poser à des inconnus, mais ce soir mon amour de l'autre et mon sourire semble tous deux enterré sous une colère sourde et amer, sous du dégout, de la frustration, de l'épuisement...

J'ai froid...

Derrière moi un tgv passe a toute vitesse et soulève mes cheveux dans un vacarme immense avant de disparaitre, je tremble devant ma propre fragilité et referme mon carnet pour mieux observer les passants, cherchant frenetiquement dans mon sac un mikado pour faire passer l'envie et l'arrière gout de nicotine. 

 

010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-capitaine storm-